Danse de la vie brève – Hubert Antoine

Voilà un livre dont, comme souvent, je ne savais pas quoi attendre. Le plaisir d’en tourner les pages n’en aura été que plus grand.

Résumé : «Je regarde ce clochard étalé au centre de la pièce. Son sommeil lui donne un air de bâton. J’ai l’impression qu’il se changerait en poussière si je le fixais trop longtemps. Le soleil et la terreur ont dû le momifier. Tout son être pue à des kilomètres à la ronde ou peut-être est-ce l’odeur même des kilomètres quand on les prend de face. L’odeur de la fuite, l’odeur de l’épuisement. Le peu qu’il m’a raconté de son histoire ressemble à un jeu de cache-cache avec le vent.»

C’est à travers son journal intime que nous découvrons Melitza, une jeune Mexicaine de vingt-trois ans. Trois carnets posthumes datant de 2006 – retrouvés et commentés par son père – retracent sa cavale avec Evo, un «bel indigent» au charme énigmatique. Ensemble, ils partageront tout : expérience hallucinogène, barbarie policière, amour fou et insurrection populaire. Dans ce premier roman, qui doit autant au goût de l’aventure qu’à une écriture aux images décalées, chaque événement, du plus sensuel au plus tragique, possède son pas de danse. (Babelio)

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Mon avis : Tout d’abord, j’ai été surprise, et très agréablement surprise, par la plume de Hubert Antoine. Je me suis laissée emportée, envoûtée, emmenée par ces mots chuchotés, susurrés à l’oreille.

Et pourtant, un drame se produira dans les premières pages du roman. Mais malgré, l’innommable, Melitza continue tant bien que mal de vivre. Comme elle peut. On se laissant porter par les événements, par les vagues avant de reprendre les rênes de sa vie.

J’ai été séduite par la poésie, presque la musique, qui se dégage des mots de Hubert Antoine. J’ai beaucoup aimé aussi découvrir le Mexique, ses us et coutumes à travers ces personnages. On sent l’intérêt et la passion de l’auteur pour ce pays.

Un livre difficile à résumer, à décrire. Lisez-le. Un point, c’est tout.

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Le miroir des illusions – Vincent Engel

Voilà un auteur que je prends plaisir à lire. Que ce soit ses romans ou ses opinions, c’est toujours bien écrit (et après quelques lectures « faciles », cette différence de style se note et se savoure).

Résumé : Genève, 1849. Le jeune Atanasio, tout juste arrivé d’un petit village de Toscane, apprend le décès de Don Carlo, son protecteur de toujours. Le notaire lui remet une lettre cachetée du défunt, accompagnée de cinq portraits. C’est le legs d’un père à celui qui ignorait être son fils. Un legs doublé d’une mission : venger don Carlo par-delà la mort, en assassinant, selon un protocole strict, tous ceux qui ont empoisonné son existence.
Quarante-neuf ans plus tôt, dans un palais du Grand Canal, Alba vient au monde. Radieuse et sauvage, elle grandit en se moquant des hommes comme de la morale, et n’entend pas changer de vie en épousant le prince Giancarlo Malcessati, alias don Carlo.
Mais une nuit, au coin d’une rue mal famée, surgit Wolfgang. L’Allemand s’éprend aussitôt d’Alba. Entre eux, pourtant, il s’agira moins d’adultère que de crime…
De Venise à San Francisco, en passant par Milan, Berlin et New-York, voici les destinées romanesques de personnages guidés par l’obsession de la vengeance, au prix du bonheur, de l’amour et, peut-être, de leur vie.
(Goodreads)

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Mon avis : J’ai tout d’abord beaucoup apprécié de retrouver la plume et le talent de Vincent Engel. C’est un vrai plaisir de lire lorsque l’auteur maîtrise à la perfection les mots et l’art de les marier.

Pour en venir à l’intrigue, c’est une histoire assez sombre qu’il nous livre ici. Une histoire de vengeance, de faux semblants et de personnages hantés par des désirs qui les font se perdre dans les dédales de l’âme humaine. Plusieurs scènes provoquent d’ailleurs un sentiment de malaise, comme les scènes « d’éducation » d’Atanasio par Don Carlo.

J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher aux personnages et je crois qu’aucun n’a vraiment bénéficié de ma sympathie. À part peut-être Lætitia et Raphaël dont on ne sait que finalement peu de choses.

Il n’en reste pas moins qu’on se laisse balader du début à la fin, jusqu’à la révélation finale des liens qui unissent réellement ces personnages et des motivations qui les animent.

Bref, si l’histoire est assez sombre et ne m’a pas emballée, je ne peux que saluer le brio avec lequel Vincent Engel se joue de nous et de ses héros.

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Invisibles et remuants – Nicolas Ancion

Un sujet intéressant, un quatrième de couverture qui donne envie d’ouvrir le livre et un auteur belge que j’apprécie, voilà les raisons pour lesquelles ce livre s’est glissé dans mon butin de la Foire du Livre de cette année.

Résumé : « Nous sommes entrés en résistance. Nous avons pris les armes. Vos armes. Et nous allons les retourner contre vous. » Le photographe Bruno Wagner accepte, pour un magazine prestigieux, de réaliser un reportage sur l’Espagne ravagée par la crise économique. Il retrouve dans les ruines du capitalisme spéculatif les représentants d’une humanité à vif, lessivée par des années de précarité et de colère, animés d’une rage décuplée par les humiliations. Le colonel Stadtler, lui, à la tête d’une unité des services secrets français, suit les traces d’un bioterroriste susceptible de déclencher une épidémie mortelle de masse. Entre paranoïa et crainte d’un massacre aveugle, il devra mettre à l’épreuve ses ressources et son intégrité afin d’éviter la catastrophe. Nicolas Ancion nous livre ici un roman haletant, au carrefour des genres, pointant sous le thriller les rouages implacables de notre modernité. (Babelio)

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Mon avis : Voilà un roman complexe, à la croisée des genres et jouissif.

Tour à tour, on se trouve plongé dans un thriller, une critique de notre société de consommation, du système économique dans lequel on vit et enfin, presque, un documentaire, le tout sous fond de craintes bien actuelles.

Le mélange des genres peut paraître déstabilisant mais la recette prend bien et les pages se tournent sans qu’on s’en aperçoive.

En bref, peut-être un ovni, mais un ovni délicieux, que l’on prend plaisir à parcourir.

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Today we live – Emmanuelle Pirotte

Ça fait partie des hasards d’une foire du livre. Au détour d’une allée, sur une étagère, un présentoir ou une simple table, on remarque un livre. Un livre dont on a entendu beaucoup de bien et dont on s’empare…

Résumé : Une rencontre improbable…

Décembre 1944. C’est la contre-offensive allemande dans les Ardennes belges. Pris de panique, un curé confie Renée, une petite fille juive de 7 ans, à deux soldats américains. Ce sont en fait des SS infiltrés, chargés de désorganiser les troupes alliées. Les deux nazis décident d’exécuter la fillette. Au moment de tirer, Mathias, troublé par le regard de l’enfant, tue l’autre soldat.
Commence dès lors une cavale, où ils verront le pire, et parfois le meilleur, d’une humanité soumise à l’instinct de survie.

Aucun personnage de ce roman palpitant n’est blanc ou noir. La guerre s’écrit en gris taché de sang. Une écriture efficace et limpide. (Babelio)

Mon avis : Une rencontre improbable mais finalement tellement belle. On se laisse emporter par les mots d’Emmanuelle Pirotte, on s’attendrit face à Renée et ses réactions surprenantes et on se surprend à apprécier cet apprivoisement entre cette enfant et ce soldat allemand.

Comme souvent, lorsqu’on lit un auteur belge, on a le plaisir de retrouver des noms connus, qui évoquent plus qu’un point sur une carte. Et ici, Emmanuelle Pirotte nous offre même quelques phrases en wallon, semées de ci de là et quelques expressions bien de chez nous (« il n’a pas toutes ses frites dans le même paquet »).

Si le contexte dans lequel Emmanuelle Pirotte déroule son histoire est loin d’être drôle, la lecture est agréable, presque douce et parsemées de sourires. Les pages se tournent et l’on peine à abandonner Mathias et Renée dans les Ardennes pour retourner à notre petite vie.

Un roman que je vous conseille absolument, résolument, une vraie pépite.

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Blanès -Hedwige Jeanmart

Et voilà. J’ai enfin repris un rythme de lecture un peu plus « normal » pour moi depuis la fin de ce roman. Un livre prêté par ma Best, comme tant d’autres et comme souvent, dont je n’ai pas lu le résumé avant de me plonger dans ses pages…

Une auteure belge, une « intrigue » qui se déroule en Espagne, cela s’annonçait prometteur.

Résumé : «Et si on allait à Blanès? C’était mon idée. Je l’avais lancée le samedi 10 mars vers onze heures du matin, après mes deux cafés, consciente de ce que je disais et aussi du fait que je le disais pou lui faire plaisir, sans soupçonner une seconde que cette phrase innocente serait celle qui me ferait chuter tout au fond du gouffre où je suis. Pourtant des phrases, j’en ai dit. J’ai trop dit je t’aime alors que je savais que cela le fatiguait, j’ai dit des choses intelligentes aussi, puis des conneries comme tout le monde. Mais je n’aurai pas survécu à cette phrase-là. Samuel a répondu pourquoi pas? Ça te dirait? J’ai dit oui ça me dirait, on n’est jamais allés à Blanès, ce n’est pas si loin, une heure en voiture depuis Barcelone, à peine plus. On s’est mis d’accord, on irait le lendemain. Le soir, on s’est couchés en chien de fusil dans des draps blancs comme un linceul, j’ai respiré son odeur du soir, un peu âcre, et senti la chaleur de sa cuisse sur laquelle j’avais posé la main. Je me suis endormie heureuse sûrement, sans doute, pourquoi pas? Je ne savais plus bien à présent, et le matin du dimanche 11 mars, en fin de matinée, nous avons pris chacun un livre et nous sommes partis pour Blanès.» (Babelio)

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Mon avis : C’est une lecture qui s’annonçait bien, deux premiers chapitres plutôt entraînants que j’ai avalés assez rapidement et puis, une sensation d’engluement qui a duré jusqu’aux deux derniers chapitres. En bref, j’ai vibré au tout début de l’histoire et à la fin.

Au milieu, je me suis plutôt ennuyée. En grande partie, parce que l’obsession de la narratrice ne m’a absolument pas touchée et a encore moins éveillé en moi ne fut-ce qu’un brin d’empathie ou de sympathie. J’avais envie de la secouer, un point c’est tout. Son côté un peu parano, « moi contre le reste du monde » m’a aussi plutôt saoulée et il faut dire que pendant les trois quart du roman, il ne se passe rien. Ou presque rien.

Le dernier quart a quand même réussi à réveiller mon intérêt et puis la fin, qui laisse plein de questions en suspens, en attente m’a laissée, là, légèrement frustrée.

À part une intrigue et une « héroïne » qui ne m’ont absolument pas touchée, le style est plutôt agréable. C’est un sacré bon point pour ce livre. Mais pour le reste, je n’ai pas été convaincue…

À vous de voir donc.

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Madrid ne dort pas – Grégoire Polet

Il est de ces livres qui vous sautent presque dans les mains, dont le titre en fait une évidence : impossible de partir sans lui. À quelques semaines de m’envoler pour Madrid, d’un écrivain belge, sur le point de quitter la Foire du Livre, il fut mon dernier achat.

Résumé : Madrid. Un œil s’ouvre, ce vendredi d’automne à 17h15. Il ne se refermera que le lendemain matin, le temps de voir dix, vingt, trente personnes passer, revenir, se connaître, se croiser, se heurter : un cinéaste en hélicoptère, un traducteur, un policier mélancolique, une coiffeuse, un baryton fiévreux, des écrivains, une clocharde…
Et Madrid, qui ne dort jamais. (Babelio)

Mon avis : J’en suis sortie frustrée et un peu déçue.

Frustrée, parce que ce court moment, 24h, pendant lequel vont se croiser à dessein ou sans le savoir toute une galerie de personnages lance tout un tas de pistes, de début d’intrigues possibles et s’achève sans y mettre un point final, au bout du chrono imparti. J’aurais aimé que tous ces petits bouts de vie, de destin soient un peu plus développés. J’ai trouvé qu’il y avait là matière à faire un beau pavé et cette petite deux centaines de pages m’a laissée sur ma faim. Et déçue donc par cette faim inassouvie, ces promesses non tenues.

Par contre, on retrouve bien les lieux incontournables du centre de Madrid, que je venais d’ailleurs à peine de fouler, ce qui est toujours bien agréable de pouvoir mettre une image « réelle » sur des lieux décrits ou évoqués dans un roman. L’ambiance y est aussi plus ou moins, en tout cas une certaine ambiance.

Et puis, en lisant le postface, je me suis aperçue que l’objectif de l’auteur n’était pas vraiment ici de nous raconter une histoire mais plutôt de nous offrir une figure de style. C’est alors que j’ai compris l’origine de ma frustration et ma déception; nos objectifs divergeaient.

Bref, pas mal mais pas un coup de cœur.