El corazón helado (Le cœur glacé) – Almudena Grandes

Depuis que j’ai commencé à lire ses Episodios de una guerra interminable, Almudena Grandes fait partie des auteurs que je prends plaisir à lire. Énormément. El corazón helado, même si il ne fait pas partie de ce cycle des Episodios de una guerra interminable, traite lui aussi de ce thème de la guerre civile espagnole. Même si c’est doute un peu moins direct.

Résumé : Le jour de sa mort, Julio Carrión, prestigieux homme d’affaires qui a acquis son pouvoir durant la dictature de Franco, lègue une fortune considérable à ses enfants. Il leur laisse également un passé incertain, caché, chargé de culpabilité, qui remonte à ses années dans la division azul, durant la guerre civile espagnole. À son enterrement, en mars 2005, son fils Álvaro, le seul à ne pas avoir voulu travailler dans les affaires familiales, est étonné par la présence d’une belle jeune femme que personne ne reconnaît et qui fut peut-être la dernière maîtresse de son père. En revanche, Raquel Fernandez Perea, fille et petite-fille de républicains exilés en France, n’a jamais oublié le mystérieux épisode de son enfance, quand, après la mort de Franco, elle avait accompagné son grand-père chez des inconnus qui lui semblaient étrangement liés à l’histoire de sa famille.

Aujourd’hui, le hasard réunit Álvaro Carrión et Raquel Fernández, irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Dans une quête passionnante et douloureuse, ils vont découvrir l’influence dramatique d’anciennes histoires familiales sur leurs propres vies.
Le Cœur glacé est un roman magistral qui entraîne le lecteur dans son histoire comme un fleuve déchaîné. (Babelio)

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Mon avis : J’ai adoré ! Et pourtant, j’ai eu beaucoup de mal au début avec la relation naissante entre Álvaro et Raquel, je ne voyais pas ce qu’elle venait faire au milieu des flash back de la guerre civile, de l’exil, de la deuxième guerre mondiale, du retour… Et puis, petit à petit, chaque pièce du puzzle trouve sa place.

C’est une fresque magnifique de l’Espagne du XXe siècle que nous offre là Almudena Grandes. Une histoire, des mots qui résonnent encore moi, alors que j’ai refermé cette brique énorme il y a quelques jours déjà. C’est une plongée dans cette ambiance feutrée de non-dits, de secrets et ces tensions qui ont traversés toutes les familles espagnoles et qui les traversent peut-être encore.

Personne n’est oublié. Ceux qui ont choisi le clan des « gagnants », ceux qui ont choisi de partir et ceux qui sont restés, par défaut. Ceux qui ont été braves, ceux qui ont été lâches, ceux qui ont souffert, ceux qui ont profité des « opportunités ».

Une histoire qui prend aux tripes pour ces visages, ces petites histoires que donne, avec beaucoup de tendresse, Almudena Grandes à cette partie sombre de l’histoire, pas si ancienne, d’Espagne.

À lire, sans aucun doute !

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Un millón de gotas (Toutes les vagues de l’océan) – Víctor del Árbol

J’avais beaucoup aimé « La Tristeza del Samurai » de cet auteur, donc, quand je l’ai aperçu sur un stand de la Foire du Livre, je n’ai pas hésité longtemps. Et franchement, je n’ai pas été déçue, loin de là !

Résumé : Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils. Ce qui ne semble alors qu’ un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.
Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina. La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite “île aux cannibales” marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants. Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé. La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.
Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un xxe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines. (Babelio)

Mon avis : Comment dire, on est aspiré par l’intrigue, on tente de deviner où le passé finira par rejoindre le présent, quels sont les liens qui unissent, parfois à leur insu, les différents personnages et les secrets plus ou moins bien gardés de leur vie.

Difficile d’en faire un compte-rendu fiable sans dévoiler certains ressorts de l’histoire tant celle-ci est dense. Le puzzle semble immense mais chaque pièce y trouve finalement sa place. Le suspens est parfaitement maîtrisé, les passages un peu gore n’y sont pas du tout présenté gratuitement et toujours dans une certaine retenue, une certaine pudeur.

On s’attache au personnage de Gonzalo, à cette croisade, pas tout à fait la sienne, dans laquelle il s’est lancé. On revit l’histoire, plutôt sombre, de son père et l’auteur nous amène à nous questionner sur la question du bien et du mal, de la nature humaine et de la survie dans des conditions historiques et de vie tout simplement extrêmes. L’horreur n’est jamais loin, elle plane, là, tout près, on la ressent sans jamais vraiment la voir en face.

Et puis, il ne faudrait pas oublier de saluer le travail de recherches de l’auteur : sur l’URSS, la période des purges, des déportations en Sibérie et de ce camp de Nazino, sur les camps de réfugiés espagnols en France après la Guerre Civile, bref sur une bonne tranche de l’histoire contemporaine européenne.

C’est donc un roman très riche à tout point de vue, dont le suspens vous coupera le souffle et qui est magnifiquement écrit. Un vrai coup de cœur que j’ajoute au Summer Challenge 2016 #club lectureMS dans la catégorie « Dolce farniente-un gros pavé (livre de 600-700 pages ou plus) ».

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Lo verdadero es un momento de lo falso – Lucía Etxeberria

Quatrième et dernier livre que j’ai acheté de seconde main à Lialia et encore un chouette moment de lecture ! Pour info, le titre en français est « Sex & Love Addicts« .
Résumé : Madrid. Pumuky, le charismatique leader des Sex & Love Addicts, est découvert une balle en pleine tête. S’agit-il d’un suicide ? d’un meurtre ? Qui l’aurait assasiné ? Une maîtresse jalouse, son meilleur ami, le dealer à qui il devait de l’argent ? Chaque proche de Pumuky – des musiciens glamour aux serveuses anonymes, des ex éplorées aux quadras torrides – donne sa version des faits. Sentimentales, tendancieuses ou elliptiques, neuf visions d’une même histoire. Au fil de ces témoignages, seul le lecteur sera en mesure de déterminer ce qui s’est passé. Ou non. Parce que… le vrai est un moment du faux. (Babelio)
Mon avis : On retrouve Madrid et sa vie nocturne parfois extrême dans les comportements de ceux qui la peuple, des personnages et des lieux croisés dans Cosmofobia, suffisamment pour créer des liens entre les deux pour ceux qui l’ont lu mais pas de quoi gêner la compréhension de ceux qui ne l’aurait pas lu. Tous les ingrédients qui font un bon Etxeberria y sont : la vie, l’amour, les relations qui se tissent entre les gens, le tout sans faux semblant, avec une pincée d’ironie, de mordant et surtout un monde en nuance de gris, où tous sont coupables et victimes.
Un fil particulier de narration, où la narration traditionnelle de la fiction se mêle à ce qui semble être des entretiens avec les différents protagonistes. Différents éclairages sur Pumuky, différentes interprétations parfois d’un même moment, le tout formant un puzzle dont le lecteur se fait sa propre image. Un roman où tout un chacun peut trouver le reflet d’une époque de sa vie, où l’écriture de Lucía Etxeberria nous remue aussi parfois. J’ai d’ailleurs fermé ce roman sur son dernier chapitre, son dernier « témoignage » qui m’a pas mal remuée… Bref, à lire si le style particulier d’Etxeberria ne vous rebute pas !

El mundo amarillo – Albert Espinosa

C’est le troisième et avant-dernier livre que j’ai racheté à Lialia et franchement, il a totalement surpassé mes attentes. Je crois d’ailleurs que je vais l’offrir (mais en français cette fois) autour de moi.
Résumé : Le Monde-soleil est un monde fantastique qu’Albert Espinosa a voulu partager. Il y relate toutes les « découvertes » qui, au jour le jour, pendant ces dix années (de 14 à 24 ans) où il a été atteint par des cancers, l’ont aidé à vivre et, plus curieux encore, à « survivre à la vie ». C’est aussi et surtout l’occasion de parler des êtres-soleil. Pourquoi soleil ? Parce que cette bande de gamins qui essayaient de vivre une vie normale, n’y avaient pas droit. Ils vont donc l’inventer, créer entre eux, les « chevelus », et les médecins, une solidarité plus qu’originale pour lutter, survivre, donner du sens à la vie. Ce qui les a fait tenir, ce sont ces amitiés spéciales avec ces personnes qui ne sont ni des amants, ni de simples amis, ces gens que l’on peut croiser dans notre vie de tous les jours et qui vont la changer : les êtres-soleil. D’après Albert Espinosa, nous avons tous nos êtres-soleil et peut-être que ce livre peut aider à les rencontrer. Le Monde-soleil parle d’une chose assez simple : l’espoir. (Babelio)
Mon avis : Superbe, tout simplement. Une leçon de vie et d’espoir, de bonheur aussi. Plein de douceur, de tendresse et d’un brin d’humour. Des petites choses simples parfois, d’autres qui demandent un peu de pratique, de travail sur soi ou de volonté. Albert Espinosa nous propose ses pistes, son mode d’emploi pour mieux vivre. Ce sont ses propres recettes, des leçons tirées de sa propre expérience qu’il partage, à chacun de les adapter à son histoire et à son bon vouloir. Espinosa propose, le lecteur dispose. On est à la fois spectateur et acteur de ce « récit ». J’ai parfois eu l’impression de tenir entre mes mains un petit livre magique, le genre d’ouvrage vers lequel on aura envie de se tourner de temps en temps et qu’on aime (s)avoir chez soi.
Force m’est quand même de constater que si j’ai autant aimé, c’est aussi parce que sa vision de la vie rejoint la mienne. Depuis que je l’ai refermé, j’observe ce concept d’amarillos, je l’apprivoise et je cherche dans mon entourage passé et présent ceux qui en sont.
Un livre que je recommande totalement ! Plongez-vous sans hésiter dans ce monde-soleil !

Cosmofobia – Lucia Etxebarria

C’est l’un des livres que proposait en seconde main Lialia et je n’ai pas pu résister. Un Lucia Etxebarria en espagnol, quelle tentation !
Résumé : Lavapiés. Un quartier populaire en plein Madrid, mosaïque de cultures et de couleurs. Une rumeur le sillonne, il se contracte ou s’enflamme. En son cœur, un centre associatif, avec ludothèque et garderie. Jeunes et vieux s’y croisent. Téléopératrice fauchée, dealer, éducatrice végétarienne, clandestin, môme hyperactif sont autant de personnages en quête d’identité qui s’aiment, virevoltent, se ratent, sans jamais se mélanger.
Comédie humaine survoltée et tendre à la fois, Cosmofobia capte l’essence même de notre société métissée et fragmentée. (Babelio)
Mon avis : Comme d’habitude, j’ai aimé le style coloré, direct et franc de Lucia Etxebarria. Elle nous prend par la main et nous emmène ici dans des univers parfois tellement différents, tellement opposés de ces personnes dont les chemins, et parfois les vies, se croisent sans jamais vraiment se rencontrer, mais qui tous ont un point commun : l’amour. Présenté sous différentes formes, selon la version des protagonistes, qui parfois divergent et parfois se recoupent. Et toujours, toujours Madrid comme cadre.
Je me suis perdue un peu, parfois, dans cette galerie impressionnante de personnages mais c’est un peu ma faute, je n’ai jamais pensé tout au long de ma lecture à me reporter à l’index fourni et détaillé de ceux-ci à la fin de l’ouvrage.
Une lecture bien agréable, toujours teintée d’une certaine tendresse et qui témoigne d’une ou de plusieurs réalités de la société actuelle.